-Paul ?
-Oui, c'est bien moi. Je suis à Boston pour le moment...est-ce que l'on peut se voir ?
-Euh...Je...Je...Je ne sais pas, Paul.
-Allez...Jenny...On était amis non ?
-On était amis, en effet Paul. Je dois te laisser. Bye.
-Non, Jenny, je...je...Jenny !
Je raccrochais, les mains tremblantes. Pourquoi devait-il me rappeller alors que ma vie semblait reprendre un cours normal ? Pourquoi ? Je m'assis sur un banc, le coeur entre les mains. Ces souvenirs...ces visages...et ce concert. Ou toute ma vie avait basculé.
Je pris ma tête entre mes mains. Les larmes menaçaient de couler mais je les retenais. Juste le moment de rentrer chez moi, d'envoier un message à Carter pour lui dire que je ne me sentais pas bien et j'étais chez moi. Chez moi, je déposais mon sac dans le hall, me rendant dans le salon ensolleillé et m'affalais dans le fauteuil. Je me déchaussais et enlevais mon pull. Je mis mes mains en dessous de ma tête et regardais le plafond.
Bon dieu ! Je ne comprenais pas. Pourquoi m'avoir appellée ce matin et pas deux ans plus tôt ? Je secouai la tête. Paul ne m'avait plus jamais recontactée après. Plus jamais. Comme si j'étais sortie de sa vie. J'me souviens encore de ce que j'avais ressenti sur le coup. D'abord la colère puis la tristesse. La tristesse indéfinissable. Pas de pourquoi, ni de comment. Juste cette phrase : "Fait comme si je n'avais jamais existé". Il pensait à quoi à ce moment là, hein ?! Une amitié de douze ans réléguée au placard, comme ça du jour au lendemain ?
Je m'endormis. La nuit fut courte, chaotique, éreintante. Le lendemain, lorsque je me levais, un soleil éclatant me fit grogner. J'étais pâteuse et je voulais immmédiatement prendre une douche. Lorsque l'eau coula sur mon corps, je ne pensais déjà plus au coup de fil de Paul. Ces dernières années, j'avais appris à oublier plus vite que mon ombre. Instinct de préservation. Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ben tiens. J'ai jamais aimé Kanye West.
Je reçus un appel d'un Carter tout excité ce matin là.
-JENNY !
-Ouille ! Oui Carter ? T'sais, t'es pas obligé de gueuler dans le téléphone, la technologie nous permet de nous entendre à plus de cent kilomètres de distance maintenant hein.
-Bonjour à toi aussi, Jenny. Tu vas jamais pas me croire ce que je vais te raconter là !
-T'es sûr que tout est bien dans l'odre dans ta phrase là ?
-On s'en fout Jenny ! Devine ! Allez !
-Tu es dans un vaisseau d'extraterrestres et il veulent que tu leur apprennent à jouer à guitar hero ?
-Cruche ! Mais non, ç'a un rapport avec nos études, bouffone !
-Non mai ho ! Bon allez vas-y, j'donne ma langue au chat.
-Un stage de trois mois sur le tournage d'un film comme reporter au jour le jour est à gagner pour le cours d'analyse textuelle de films !
-A gagner ?
-Allez, tu sais bien, celui qui remet son dossier le plus complet, le plus motivé et un travail tip-top nickel a de bonnes chances de pouvoir être choisi !
-J'me disais bien...gagner...on est pas à la loterie mec !
Nous nous étions donné rendez-vous quelques jours plus tard, nos dossiers à la main, avec espoir pour Carter, avec désespoir pour moi. Je m'étais fait entraîné dans une sale histoire je le sentais.
Je n'en voulais pas à Carter, il avait toujours été le premier à se lancer dans les projets les plus farfelus. Même notre première rencontre l'avait été. Je buvotais seule dans un bar, fraîchement débarquée en ville et il était venu me parler. Il m'avait fait rire et nous avions commencé à nous raconter nos vies. Nous avions bu aussi et à la fin de la soirée, il ne savait même plus ou il habitait. Je l'avais ramené chez moi et lui avais offert mon canapé. Nous étions devenus des amis de beuverie en quelque sorte. Carter était pour moi une sorte d'aimant autour duquel je gravitais depuis que j'avais commencé mon année à Harvard. Il m'invitait à toutes les fêtes auxquelles il était invité et moi, je ramenais Jane spécialement pour lui. L'idiot avait un faible pour elle. Notre relation n'était pas des plus idylliques, nous nous disputions souvent mais quand même, notre relation était sincère et il ne me laisserait jamais tomber et moi de même. Mais j'étais là et je jurais intérieurement.
-Non mais tu te rends compte ? C'est incroyable !
-Carter, là c'est la seizième fois que tu me répètes que c'est incroyable. A la dix-septième, on joue au jeu du silence hein.
-Rooh. Allez, haut les coeurs, j'sens qu'on va être choisis !
-Monsieur Caine Carter et mademoiselle Carnahan Jenaelle.
Nooon. J'avais une sainte horreur que l'on m'appelat par mon prénom.
-Jenny...
-Je vous demande pardon ?
-Je préfère que l'on m'appelle Jenny, monsieur.
-Soit.
Et voilà, je me retrouvais coincée dans une pièce surchauffée pendant des heures. Après le troisième "GENIAL !" de Carter, je perdis pied et regardais par la fenêtre. Les sautillements de Carter, son enthousiasme écoeurant sous lequel il me coulait, tout dans cette pièce m'étouffait. Bon sang, s'il voulait le faire ce truc, qu'il le faisait lui-même ! "Oui mais tu es la plus douée en rédaction et en analyse textuelle !" Et pan. Dans ta tronche Jenny. De plus, ils discutaient d'un voyage mais étais-ce bien le moment de...QUOI ?!
-Hein ?!
-Mademoiselle ?
-Vous venez de parler d'un voyage à organiser là, non ?
-Carnahan, heureusement que vous sembliiez plus concentrée sur le travail que vous m'avez rendu que sur les mouches qui volent ! Si je vous ai appellé vous et monsieur Caine, ce n'est pas pour commenter le dernier match de rugby inter-universitaire mais du fait que vos travaux ont convaincu l'équipe du film et moi-même. Vous commencerez le 4 juin à suivre l'équipe du film partout dans ses déplacements. Et bien sûr vous nous rendrez votre rapport quotidien.
-Ah.
-Monsieur Caine si vous vouliez bien la surveiller sur le plateau, cela me ferait très, très plaisir. Elle risque de nous rapporter la vie des mouches en Papouasie intérieure au lieu de votre sujet initial.
-Bien monsieur.
Il me lança son regard "mais tu le fais exprès ou quoi ?" et je lui rendis un sourire d'excuse.
Nom d'un chien...dans quoi m'étais-je embarquée ?
Voilà, j'espère que ça vous a plu
et d'avance désolée pour les fautes d'orthographe !